ANMOUGGARE N'AIT TMALOUKTE WAMELENE A TAFRAOUT

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 C'est qui HAJ AHMED OUGDOURT ?

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SAID
Invité



MessageSujet: C'est qui HAJ AHMED OUGDOURT ?   26.07.10 15:16

Hadj Ahmed Ougdourt

Hadj Ahmed Ougdourt était quasiment analphabète. Cependant, les bruits les plus extravagants couraient sur sa vie, des bruits fabuleux. Il s'était montré si récalcitrant durant l'époque coloniale qu'on l'avait mis sous les verrous à Tafraoute. En réalité, il était issu de la tribu des Issy qui vivait à trois lieues de Tafraoute, et avait possédé précédemment un petit commerce à Rabat. En prison, il s'était conduit fièrement et hautainement à l'égard du chef français, le «Qbtann», comme on l'appelait - c'était le gouverneur militaire de Tafraoute. On racontait que, prisonnier, Hadj Ahmed Ougdourt avait dit à ce chef : «Quand mon pays sera libre, c'est moi qui serai chef à ta place ici !»

Très rares étaient alors ceux qui osaient espérer que le Maroc accéderait un jour ou l'autre à l'indépendance. Le peuple était à ce point découragé et la force militaire des Français si grande que seuls quelques-uns croyaient au fond d'eux-mêmes à une victoire sur l'oppresseur, mais Hadj Ahmed Ougdourt en faisait partie. Son unique idéologie, son unique force était la foi au Coran. Celui qui ne reconnaît pas de force supérieure vit souvent selon la loi de la jungle. Mais pour un musulman pieux, la force doit s'appuyer sur la justice et la justice doit être forte, afin qu'on puisse créer un monde plus humain.

Lorsque l'indépendance devint effective, on libéra cet homme et le nouveau gouverneur marocain le nomma caïd de Tafraoute. Ce n'était pas un conformiste, c'était par nature un original, un adversaire de toute injustice et un ennemi acharné de toute corruption.

Il mobilisa aussitôt la population pour construire une école dans chaque village et des routes entre les villages, et fit planter des milliers d'oliviers. C'est même à son initiative que fut créée la première coopérative de la région. Il veilla à la réalisation de tout cela sans avoir reçu d'ordres de l'autorité supérieure. Tous ces bienfaits naquirent de son initiative.

Il s'avéra qu'en leur accordant l'«indépendance» les Français avaient trompé les Marocains. Ils avaient transmis le pouvoir au sultan, mais continuaient à tirer les ficelles en coulisse, et lui fournissaient des officiers formés en France et qui avaient aussi servi dans l'armée française - des hommes comme Oufkir et Dlimi, par exemple - , avec toute une armée issue directement de l'armée française. La police se recrutait principalement parmi les traîtres et les collaborateurs qui avaient été les suppôts des colonialistes français et s'installaient désormais aux postes de commande.

Le caïd de Tafraoute, résistant déclaré à la puissance coloniale, était peut-être la seule exception du Maroc. On disait de lui qu'il dansait sur une autre musique que celle du sultan. Il nous montrait comment les choses se seraient passées si nous avions acquis une indépendance authentique. Il avait le don de mobiliser spontanément le peuple et savait persuader les gens de se porter volontaires pour construire des écoles ou des routes sans qu'il fût besoin d'une administration ou d'un budget. La construction terminée, il envoyait une lettre au ministère de l'éducation de Rabat et lui faisait savoir qu'il y avait désormais à tel et tel endroit une école et même des maîtres.

Les procédés autoritaires du caïd choquaient et inquiétaient aussi bien les autorités provinciales d'Agadir que les autorités centrales de Rabat. Il commettait l'erreur de prendre au pied de la lettre le mot «indépendance». Il construisit aussi un grand foyer pour orphelins et enfants pauvres, et fit même aménager une école pour les enfants qui ne pouvaient pas fréquenter les écoles officielles. Il s'y présenta trois cents élèves.

Je fus un des enfants qui, grâce à ce foyer et à l'école construite par Hadj Ahmed, purent suivre des cours. Enfant, je voyais en lui un modèle et un héros. Il possédait un sentiment profond de la justice et un sens de la démocratie et des droits de l'homme qui se manifestait non seulement dans ses paroles, mais aussi dans ses actes.

Hadj Ahmed fonda en outre à Tafraoute une coopérative, une fabrique de tapis où des douzaines de femmes trouvèrent du travail. On n'avait encore jamais vu pareille chose dans notre région. Nous n'avions jamais eu non plus de bibliothèque, mais il veilla à nous en fournir une. Il fit même construire les premières toilettes publiques, au centre de Tafraoute, sur la place du marché du Souk Larbâa. Les gens de l'endroit n'avaient jamais vu quelque chose qui ressemblât à des toilettes modernes. Ils assouvissaient leurs besoins quelque part à l'air libre, mais ils se rendirent alors en foule aux toilettes flambant neuves.

C'était un mercredi et jour de marché. Lors de l'inauguration de l'édicule, le caïd fit un discours. Peu après, on remarqua que les gens se soulageaient partout sur le sol mais pas dans les trous pratiqués à cet effet. Aussi, le jour de marché suivant, le caïd fit-il à nouveau assembler la foule et prononça-t-il derechef une allocution. Homme profondément religieux, il commença comme d'habitude ses exhortations en glorifiant Dieu. Puis il continua : «Pourquoi ne placez-vous pas vos trous sur les trous des toilettes ?» Il poursuivit furieux : «Dieu puisse-t-il vous montrer la voie !» et s'en fut.

Le caïd plaça à la tête de la nouvelle bibliothèque du centre de Tafraoute un fqih d'une cinquantaine d'années. Celui-ci n'avait de sa vie lu d'autre livre que le Coran. Il s'appelait Sidi Mahfoud. La lecture des nouveaux livres de la bibliothèque ébranla fortement sa foi jusqu'alors solide. Il était incapable de répondre aux nombreuses questions épineuses des lecteurs de la bibliothèque. Les journaux à disposition faisaient état des satellites russes envoyés vers la lune et du voyage de Gagarine dans l'espace. Tout cela finit par dépasser les facultés intellectuelles de Sidi Mahfoud. Au bout de quelques mois, il perdit la tête.

Un jour de marché, il rassembla plusieurs centaines de personnes à l'extérieur de la bibliothèque, pour prononcer un discours «important». Il fit savoir à ses auditeurs étonnés que, la nuit précédente, «avec l'aide de Dieu», il s'était envolé dans l'univers et vers la lune, et qu'il y avait rencontré notamment le démon («djinn») Jamharosh.

Le caïd Hadj Ahmed n'aimait pas les charlatans, eussent-ils perdu la tête. Il fit arrêter et enfermer Sidi Mahfoud pendant deux jours en le sommant de faire venir Jamharosh du cosmos pour libérer son astronaute. Puis le vaillant cosmonaute fut confié aux soins d'une clinique psychiatrique d'Agadir. La bibliothèque fut fermée deux mois. Après sa réouverture - avec un nouveau directeur - nombreux furent ceux qui ne s'y risquaient plus, par crainte du démon que Sidi Mahfoud avait rencontré.

Hadj Ahmed était un homme absolument original et le bien qu'il a fait aux gens de la région est proprement incommensurable. Il réalisa une véritable révolution culturelle. Il traitait dédaigneusement les anciens collaborateurs de la puissance coloniale de «traîtres à la cause du peuple» et de «néo-colonialistes». Ils ne reçurent de lui aucun privilège, contrairement à ce qui se passait ailleurs, mais durent faire la queue comme n'importe qui quand ils lui demandaient audience. Pareil traitement ne fut nullement du goût de ces messieurs, car il était unique dans le pays. Les riches étaient habitués à pouvoir tout acheter, y compris les fonctionnaires.

Partout ailleurs au Maroc, l'«indépendance» tourna à la farce, avorta en quelque sorte. Le roi Mohamed V était le cheval de Troie des Français. Les traîtres et les néo-colonialistes remplacèrent les maîtres français. On aurait dit que les Français avaient simplement dépouillé leurs vêtements européens pour revêtir en lieu et place la «djebella», costume national marocain. Les fonctionnaires de la police, par exemple, restaient ceux-là même qui, par le passé, avaient complaisamment servi les Français.

Toutes les organisations de résistance nées de la lutte contre les Français furent progressivement dissoutes et beaucoup de leurs membres se retrouvèrent derrière les barreaux. Le Coran dit avec raison : «Quand les rois prennent le pouvoir dans un pays, ils le corrompent et le détruisent et transforment ses hommes libres en esclaves. C'est ce qu'ils font en vérité.» L'actuelle monarchie marocaine a été mise en place par le colonialisme, non par le peuple marocain. De toute façon, l'islam interdit le régime monarchique.

Le caïd de Tafraoute, Hadj Ahmed, put exercer son activité quatre ans, de 1956 à 1960, avant d'être mis à pied par le gouverneur d'Agadir, sur ordre du roi. Un an plus tard, il fut assassiné par des agents du monarque, parce qu'il avait refusé de s'intégrer dans le système corrompu. Le caïd était membre de l'orchestre, mais il troublait la symphonie en jouant à son rythme personnel. C'est pourquoi il fut relevé de ses fonctions et remplacé par le pantin Abdelaziz qui avait été secrétaire du gouverneur militaire français de l'époque coloniale. C'était donc le type même du traître et un pur produit du colonialisme ancien et nouveau.

C'est au caïd Hadj Ahmed, qui croyait à la démocratie islamique («shora»), que mon père dut son élection à la fonction de cheik de la tribu des Tahalas. Dans le reste du pays, les cheiks n'étaient pas élus mais désignés par les gouverneurs de provinces. Un dimanche de janvier 1956, jour de marché, le caïd rassembla les membres de la tribu des Tahalas au marché du souk Lhad pour qu'ils élisent leur cheik. C'est mon père qui fut choisi parmi de nombreux candidats. Lorsque, début 1958, il refusa de me laisser aller à l'école, je me rendis donc, comme je l'ai dit plus haut, chez le caïd.
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OUBRAYM
Invité



MessageSujet: H   27.07.10 15:33

GRAND HOMME :Alépoque des Hommes avec un grand H.
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TAMAL71
Invité



MessageSujet: Re: C'est qui HAJ AHMED OUGDOURT ?   01.08.10 0:16



BRAVO tout simplement.
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simoh
Invité



MessageSujet: Re: C'est qui HAJ AHMED OUGDOURT ?   01.08.10 2:02

BONJOUR

MR OUBRAYM a bien raison de precisé que c'etait un HOMME à l'epoque des Hommes? en nous faisant comprendre qu'à notre epoque il ya plus de vrai HOMMES il n y a que des hypocrites et des bon à rien qui ne peuvent meme pas tenir la tete à une poignées d'opportuniste encore moins à un oppresseur colonial
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MessageSujet: Re: C'est qui HAJ AHMED OUGDOURT ?   

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